Critiques littéraires (partie 1)

Publié: 28 septembre 2013 par bibliothriller dans Autre, Littérature
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Voici une compilation de critiques de différents livres:

jubilations-vers-le-ciel

1) Yann Moix- Jubilations vers le ciel

L’auteur Yann Moix a tenté en un volume de 300 pages de concentrer quasiment la vie entière de ses deux personnages principaux: Nestor et Hélène. Car en effet, à l’âge de douze ans, le premier tombe amoureux de la seconde. Et c’est ainsi que ce dernier, qui se surnomme lui même Gant bleu va hanter la vie de sa bien aimée par sa présence furtive tout petit, il est d’ailleurs amusant de voir qu’au départ elle crie en le voyant dans son jardin. Plus âgé, l’ironie du sort lui fera retrouvé celle-ci alors qu’un de ses prétendants et elle l’atteignent en voiture, ce dernier étant déguisé en Casimir. Alors là commence là une liaison passionnée dans tous les sens du terme qui occupent la vie de ces deux jeunes héros jusqu’à leur week end en château dans lequel leur histoire d’amour devient très sérieuse donc sentimentale, demandant à Hélène une grande implication émotionnelle. Effrayée par cette tournure des évènements , elle s’en va et va vivre sa vie en passant d’amants en amants sans en aimer aucun. Nestor, pendant cette période et jusqu’à la fin, l’observera de sa fenêtre, lui envoyant des signes un peu plus discret de sa présence (cartes postales, messages dans le ciel).

Cette histoire raconte l’exaltation du personnage de Nestor, jeune passionné et brillant qui ne cesse d’idéaliser Hélène et de la placer sur un pied d’estale Il ne peut vivre et l’aimer qu’intensément, passionnément.
Quant à sa comparse, peut être effrayée et fascinée en même temps par cet encombrant amour, elle ne cessera de le fuir jusqu’à comprendre qu’il est l’image même de l’amour et d’une relation qu’elle a elle même toujours rêver d’avoir.

Parallèlement à cette romance inachevée et périlleuse, parfois à sens unique, un autre élément est important : Nestor qui est, on le suppose issu de la personnalité de l’auteur. C’est au travers d’ailleurs de ce personnage que Yann Moix peut dresser une critique acerbe de la société qu’il a connu: des années 70-80 à nos jours. D’ailleurs, il est drôle de constater qu’il n’essaie pas plus d’inventer la société future que connaitront au cours de leur vie, ses personnages. Bref, ses critiques touchent autant les cadres, comptables que le milieu de la télévision et « du show business » ou encore les boîtes de nuit.

Quant à l’écriture, en plus d’être acerbe, elle est assez poétique dans le sens où parmi chaque petit élément du quotidien qu’il s’agisse d’un acte ou d’un objet même abject, pourri, sale, il est capable de le rendre soit beau, en particulier pour ce qui est du monde de l’enfance qui est lui aussi très idéal, soit la poétisation est là pour démontrer un paradoxe entre le souci du joli mot, de la belle phrase pour une idée critique ou horrible. La pilule se retrouve dans ce cas passée mais avec un arrière goût amer dans la bouche.

Pour finir, j’ajoute que le livre a eu le prix Goncourt du premier roman en 1996.
A vous de juger alors, en tout cas en ce qui me concerne, je ne pourrai pas dire que c’est mon livre préféré ni que je ne l’ai pas apprécié. Je suis rentrée pour la première fois dans l’univers de cet écrivain que je ne connaissais que par les émissions de télévision et le film « Podium ».

(Note approximative: 13,5/20)

anicet ou le panorama

2) Aragon- Anicet ou le panorama

Anicet ou le panorama constitue le premier roman d’Aragon qu’il écrivit alors qu’il était encore au front en 1918.
Il s’agit de l’histoire d’un jeune poète Anicet qui se retrouve engagé dans un groupe d’artistes malfaiteurs adorateurs d’une jeune femme mystérieuse appelée Mirabelle. Ces derniers sont prêts à voler et à piller les merveilles du monde entier pour satisfaire leur belle. Cependant, étant un groupe d’hommes rivaux car aimant tous cette même femme, le groupe va se retrouver disloqué par des meurtres et des rivalités, chacun tentant d’avancer son pion et n’hésitant pas à user de toutes ses stratégies pour arriver à ses fins. Ces tentatives seront perturbés lorsque leur chère Mirabelle finit par épouser un millionnaire mexicain ou qu’un autre groupe de truands formé et présidé par un marquis, lui même membre du clan de départ, viendront se mêler à leurs affaires.

Que dire pour ma part de ce livre? Il est difficile à décrire au fil des nombreux rebondissements et personnages ( ils sont en effet treize à rêver de conquérir la jeune femme plus quelques personnages extérieurs) et malgré les quelques 280 pages que constitue ce roman. Aragon se sert de plusieurs références stylistiques tel que les contes de Voltaire ( « n’usez pas de ce ton voltairien dira d’ailleurs Mirabelle à Anicet »), les films muets: il fait clairement appel aux films de Pearl White qu’il décrit également dans le livre , les Fantomas pour l’aspect film d’aventure et policier disposant de plusieurs fils conducteurs qui se rajoutent au fil du récit, l’art pictural surréaliste: les collages par exemple.

A cela, on trouve aussi quelques réflexions philosophiques sur la vie, la beauté, l’amour qui semblent faire particulièrement réfléchir Anicet . On est ainsi dans le fantastique, le policier, le cinéma, la peinture, le roman d’aventures…..

On ressort de ce roman avec l’impression d’avoir cotoyer le merveilleux, d’avoir été émergé dans un univers particulier et d’une manière quasi-totale jusqu’à ce que le dernier chapitre nous ramène à la réalité, comme si nous venions de nous réveiller d’un long sommeil.

Anicet n’est qu’un grand rêveur qui connaît son initiation auprès de ses contemporains plus âgés et finit par se foutre de son propre sort, Mirabelle est une ancienne prostituée cherchant à devenir une femme entretenue.
Elle se servira de son charme de femme fatale et exotique sur les artistes ( qui sont en réalité des surréalistes, Aragon s’est inspiré de ses compatriotes du mouvement artistique tel André Breton par exemple) pour leur faire croire à un mythe puisqu’elle sera pour eux la femme. Elle leur fera commettre des crimes au sens propre et au figuré. Baptiste, un ami d’Anicet, lui seul dispose d’un caractère assez fort pour contrer Mirabelle et sortir de son emprise. C’est d’ailleurs lui qu’on aperçoit, grimé, dans un restaurant, il cherche en effet à connaître le destin de ses chers amis.
On peut également penser à d’autres personnages qui sont nombreux comme je l’ai dit: un critique d’art américain qui se trouve policier et enquête sur le meurtre d’un autre personnage appélé Omme , un peintre pauvre au nom de ses principes, un marquis qui joue double jeu entre ses deux groupes, une jeune femme opportuniste qui devient la maitresse de Gonzalés; mari de Mirabelle.

Je concluerai en disant que ce livre est très intéressant, j’irai même jusqu’à dire passionnant, qu’il fait oublier notre monde quotidien, ce qui fait qu’il est aussi efficace. Il est digne à la fois de la grande littérature que du polar ou roman d’aventures à épisodes. Par contre, comme beaucoup de romans anciens, on trouve un certain nombre de descriptions nécessaires pour comprendre l’action mais parfois compliquées tout comme des réflexions philosophiques et artistiques toutes aussi complexes.
On peut aussi être dérouté par le changement de narrateur: Anicet la plupart du temps, Aragon, l’inspecteur.

(Note approximative: 15/20)

linda_le_in_memoriam

3) Linda Le- In memoriam

In memoriam » relate l’histoire d’un romancier qui dans son obsession perpétuelle de diviniser l’être humain et de le fétichiser, décide de raconter l’histoire de l’amour de sa vie.

Ce personnage de « looser » romantique et peu sûr de lui s’accroche à tous les éléments qui fondent cette jeune femme auto-destructrice nommée Sola.
Il commence par ses origines et reprend par exemple le journal du père de son amante (il constitue d’ailleurs le récit d’un véritable naufrage psychologique, une pièce à conviction de son malheur).

Puis il traite ensuite de l’exil de ce dernier, de sa perdition et sa dépression lorsqu’il se retrouve en France. Ce père est un cinéphile désabusé qui cherche à combler le vide de sa vie et son désespoir dans les films . Il finit aussi par incarner un sorte de poète naïf et maudit qui cherche à recréer dans la réalité, son monde idéal cinématographique.

Un portrait , qui est aussi d’une certaine manière le portrait craché du narrateur-auteur de ce roman, avec lequel Sola entamera une relation.

Pour résumer sur cette partie du roman, Sola sera spectatrice de ce désoeuvrement et en sera marquée à vie.

Le narrateur retrace ensuite son historique personnel avant sa rencontre amoureuse avec la jeune femme.
Lui aussi est victime d’une blessure familiale toutefois moins tragique, il s’agit d’une rivalité avec son frère, l’avocat cruel et don juan qui saura à son tour conquérir le coeur de la libanaise.

On sent lorsqu’on connaît un minimum les relations entre frères ou soeurs, que les deux frères incarnent deux personnalités masculines opposées qui se jalousent mutuellement et se battent chacun avec leurs armes afin de survivre et trouver leur place.

On ne découvre plus tard que la femme aimée n’est qu’un moyen pour les deux hommes de se rapprocher et de collaborer ensemble à sa survie à elle.

En effet, Sola est une jeune écrivain prometteuse et séduisante, elle semble être faite pour que le monde lui tombe dans les bras. Or, un étrange mal être, on le suppose familial comme un sorte de manque affectif ou bien un manque de confiance en elle-même, fait qu’on la sent petit à petit sombrer dans le plus profond d’elle -même, atteignant la maladie et la démence, puis la mort.

On peut ainsi dire que ce roman n’est pas là pour décrire un lieu spécifique avec des descriptions qui l’accompagnent, puis une profonde et longue présentation des personnages. Il s’agit du point de vue d’une seule personne, comment elle-même s’approprie l’histoire de la femme qu’il a aimé et la met en parallèle avec la sienne.

Il ne s’agit pas à la limite d’un roman mais d’un journal intime ou d’un mémoire , d’une sorte de biographie et auto-biographie du narrateur. C’est un sorte de procédé de mise en abîme: un ouvrage qui traite d’un autre écrivain aussi éditeur qui écrit lui même un livre. Linda Le se met donc complètement dans la peau de ce narrateur-auteur , elle épouse complètement sa manière d’être et de voir les choses. On sent également qu’elle est Sola , étant elle-même d’origine étrangère: vietnamienne plus exactement. Se réflète aussi le mythe des hommes qui cherchent un reflet , voire un double pour le narrateur d’eux mêmes et passe du coup à côté de la personne qu’ils aiment. Mythe de Narcisse quand tu nous tiens.

Concernant l’écriture, elle est assez aisée à lire, émotionnelle, tragique, noire, elle tire dans le lyrisme, comme si chacun des personnages, hormis le frère auquel on laisse peu la parole, étaient mus par leur désespoir, leur souffrance, leur brulures. La vie est prise d’une manière théâtrale: exagérée, passionnée.

J’avoue également qu’il ne me remonte pas plus de souvenirs concernant l’écriture de Linda Le.
Je peux terminer en disant que c’est une écriture qui permet une lecture, à mon avis, aisée et rapide puisque le roman ne contient que 190 pages.
Le début du roman ne m’avait pas conquise mais la description lente de la mise à mort de Sola, on passe par toutes les étapes de la déchéance physique m’a passionnée.

(Note approximative:  13/20)

les_chouans

4) Balzac- Les chouans

Dans ce premier roman de l’auteur classique Balzac, nous sommes en période de guerre civile en Bretagne. La révolution et la terreur sont achevées, Napoléon Bonaparte est nommé général et se bat en Europe. Cependant, dans ce coin reculé qui comprend les villes de Mayenne et de Fougères, où se cotoie à la fois les paysans les plus simples et de basses campagnes aux ducs et royalistes les plus aisés, un groupe s’organise dont le but est de faire reprendre le pouvoir aux Bourbons. Face à la détresse du gouvernement qui n’arrive pas à maitriser cette bande, le commandant Hulot décide de constituer une armée et de « mater » ces criminels. Hélas , cela n’est dans un premier temps pas gagné pour eux. Hulot se retire et revient accompagné d’une espionne, Marie de Verneuil, fille d’un duc tandis que Marche à terre, le sous-chef des Chouans rassemble pleinement son équipe ,(un évènement marqué notamment parle conflit entre un oncle et un neveu qui choisissent deux camps différents), et peaufine sa stratégie.

Marie de Verneuil est accompagnée d’un prétendant officier de la marine, un dénommé Corentin et se retrouve dans la même voiture que deux de ses « ennemis », le marquis de Montauran et la Gua de St Cyr , le premier étant à la tête de ce groupe de bretons. Bien évidemment, Marie ignore l’identité de ses compagnons de voyage et sympathise avec le charmant marquis. Tous deux ne tardent pas à tomber amoureux, unis par une éducation aristocratique et par une attirance mutuelle.

En faisant parler Hulot sur l’identité du Gars, c’est à dire celui qui dirige les Chouans, Marie apprend l’identité des autres voyageurs . Elle décide cependant de protéger tout même son amant .

S’ensuit une suite de péripéties amoureuses entre le marquis et la fille du Duc de Verneuil qui ajoute du sel au contexte historique de bataille entre les différents protagonistes. Au fur et à mesure du récit, Balzac nous dessine chacun des personnages de chaque camp mais démontrant que dans toutes ces situations, la trahison et l’alliance ne sont pas loins que ce soit envers son amant ou ses compatriotes politiques. Marie de Verneuil est la jeune femme qui a clairement sa préférence pour ses sentiments amoureux , une faiblesse dont profitent la Gua et Corentin afin de séparer les amoureux et obtenir les charmes de ceux-ci.

L’intrigue est ainsi essentiellement romanesque avec des auberges encerclées, des châteaux où se passent des captures en même temps que des bals mondains, on y trouve aussi en général des indiscrétions, des humiliations, des meurtres……
Les péripéties paraissent se succéder, elles mettent en transe jusqu’à s’ achever par un point final, comme une accélération après une course effrénée, un marathon que j’ai personnellement mené avec plaisir.

Au delà du caractère romanesque, des personnages dont les traits principaux sont définis, Corentin est l’ambitieux, Hulot paraît le général ferme mais juste, Marche à terre est prêt à satisfaire les désirs de sa maîtresse tandis que ses comparses sont sanglants, Bonaparte, Danton se rappellent souvent à notre souvenir par des évocations en tant que repères historiques.
Les ambitions politiques des deux camps sont également très présentes même si elles ne servent parfois qu’à d’autres fins moins légitimes.

J’avais lu sur un article consacré à Balzac qui disait qu’il reniait cette oeuvre de sa bibliographie et qu’ensuite, ce qu’il lui fut critiqué concernant ce roman, fut une intrigue assez fouillie. Il est vrai que des éléments romanesques s’ajoutent les uns aux autres, que les récits de batailles ne m’ont pas toujours été d’une aisance à lire même si je crois qu’au fond, les stratégies militaires ne sont pas ce qui est le plus important dans ce livre. Malgré tout, je pense que ce roman a l’avantage de nous raconter une période historique dont on nous parle assez peu, que la manière d’instaurer un certain nombre de personnages et de les peindre au fur et à mesure que ce soit à propos de leur caractère ou de leur rôle dans les batailles est un peu plus structurée que cela semble l’être.

Je ne vous raconterai pas la fin du roman, simplement que les deux amants réussissent à s’unir mais que cela ne se présentera pas sous les meilleurs auspices.

Pour terminer, cette écriture très scientifique et très détaillée, remplie de descriptions peut parfois donner envie de ne pas lire les classiques . Cependant, la passion vécue des personnages, un peu comme dans les tragédies grecques sauf que les protagonistes n’en savent pas eux-mêmes le dénouement, a aussi son charme.
Balzac, a l’art quand il écrit de décrire les sentiments des êtres, comment ils évoluent à chaque moment.
Il se sert de beaucoup de comparaisons afin que nous puissions nous retrouver dans cette peinture ,qui représente la constante évolution des émotions. Les gestes mêmes les plus banals sont retranscrits dans une recherche de complétude de relatement de la vie des êtres humains, comme du cinéma.

C’est un vrai monde qui se lève et qui s’éteint dans ce genre de roman là, l’environnement étant ce qui permet de comprendre la destinée et la personnalité des êtres qui font partis de l’histoire.

(Note approximative: 16/20)

 

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