Critiques littéraires – Partie 2

Publié: 1 février 2014 par bibliothriller dans Autre, Comics et Romans Graphiques, Littérature
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Bel Amou de Guy de Mormesson contre Bel Ami de Maupassant

Comment peut-on comparer un chef d’oeuvre de la littérature du dix neuvième siècle avec un roman feuilleton fleuve, une farce qui permet de parler de la politique actuelle?  Bel Ami raconte l’ascension d’un rescapé de la guerre sans le sou qui, comme plus tard certains GI’s ou soldats européens de la Grande Guerre se retrouve à enterrer ses illusions de fortune. En effet, les militaires ont toujours tendance à croire que le monde sera comme ils l’avaient laissé au moment de leur départ. Ce Georges retrouve un ami d’armée un jour en traînant dans la rue, qui lui propose un poste dans son journal qui constitue un ancêtre de certains journaux d’actualités , c’est à dire des informations de divers domaines regroupés en un plus ce qu’on appelle les échos qui sont des simples rumeurs ou des inventions des protagonistes de la haute ou bien des journalistes lui même.

En réalité dans ce roman, contrairement aux Chouans, le contexte historique n’est pas précisé même si , par la date de parution, on apprend être à la fin du dix neuvième siècle, soit le début de la troisième république et après l’égide napéolonienne. Ce qui importe politiquement parlant dans ce livre, ce n’est pas l’empire ou le haut du gouvernement en tant que tel, c’est le lien rédacteur en chef, journalistes et les personnes qui s’érigent au pouvoir. On ne se penche pas ainsi sur la manière de gouverner mais sur l’influence d’un parti car il y aura bouleversement sur l’identité des gouvernements sur la manière d’écrire des articles ainsi que leur contenu par les alliances qui tiennent ceux-ci. D’ailleurs, on parle plutôt de président du conseil que président de la république. Cela sera la « bataille » France-Espagne pour mettre main basse sur le Maroc qui sera un tournant pour notre personnage principal. Lorsqu’il découvre qu’on veut l’évincer d’un plus grand pouvoir qui pourrait d’être plus riche encore, ministre ou dans la rédaction du journal, celui-ci déjoue les pièges et retourne ses pions en sa faveur.

On en arrive également à l’un des sujets importants de Bel Ami qui sont les femmes de sa vie qui lui permettront au fur et à mesure de grimper les échelons et d’obtenir une ascension extraordinaire. Cela passe d’abord par une aide demandée à Madeleine Forestier pour écrire son article sur l’Algérie, qui se trouve être la femme de son compagnon d’armes avec lequel Bel Ami finit par se marier au fil des intrigues qui contient la mort de ce premier entre autres. Georges Duroy (Bel Ami) devint au départ l’amant d’une Mme Marelle avec qui elle se sent une profonde symbiose au niveau des caractères et pendant la liaison qu’ils mènent. Ce que je veux dire, c’est qu’il éprouve un réel attachement, s’amuse et éprouve une profonde tendresse sans aucune lassitude pour elle contrairement à une autre de ses maîtresses; choisie purement pour ses intérêts personnels, Mme Walter, l’épouse de son rédacteur en chef . Ces femmes seront les moyens dont il se servira pour se créer sa route de réussite et c’est le principal ressort romanesque de cette affaire. Madeleine Forestier sera la mariée qui lui mettra à sa table les ministres et grands financiers de l’époque. C’est une femme forte qui aime faire ce que bon lui semble, comme sympathiser étroitement avec ces hommes ci, écrire à la place des hommes de son coeur afin de leur permettre réussite et elle, de devenir maîtresse de maison, compagne, femme de tête aux yeux de son groupe de connaissances et amis. On sent cela quand Georges se fait sans cesse appeler Forestier au lieu de Duroy, c’est bien l’épouse qui fait tout, qui s’est crée son système de fonctionnement professionnel et en société, les deux domaines étant intimement relié. Mme Marelle possède une fille qui surnommera Georges, Bel Ami, un surnom qui lui permettra de se rendre compte de son succès auprès des membres du sexe féminin. Mme Marelle sera la maîtresse principale, la concubine qui prend soin puis accompagne les divertissements de cet amant qu’est Du roy. Il s’agit d’une amante particulièrement jalouse, non pas des épouses mais des autres compagnes illégitimes de ce dernier. Quant à Mme Walter, cet amour sera tourné en ridicule par Bel Ami, que ce soit pour son côté dévote et en même temps, ou son attachement qui devient vite encombrant .Elle sera punie lorsque Madeleine sera arrêtée pour « adultère » et que la jeune enfant de Mme Walter deviendra sa nouvelle épouse.

Pour résumer sur ce « bel engin littéraire », il s’agit d’une satire sur le monde du journalisme, qui écrit ses articles sans aller sur le terrain, a des affinités avec le pouvoir, trahit, ment, se traîne carrément avec les membres du gouvernement qui leur permettent leur ascension journalistique. Le ressort romanesque tient tout son souffle dans la juxtaposition d’amante qui l’aide à s’enrichir et à acquérir toujours plus de pouvoir. Il comprend aussi qu’on est jamais aussi bien servi que par soi même et que les alliés se comptent sur les doigts de la main, c’est pourquoi il se débarrasse de sa femme, qu’il fait du chantage et met devant le fait accompli, son rédacteur en chef, en se mariant avec sa fille…. Le rythme général de la fiction se décompose en une peinture très précise des membres du journal ainsi que des premières expériences dans le journalisme d’une manière très lente, en s’attachant bien aux détails, aux dîners, aux articles ou non publiés qui au départ, s’ils sont jugés mauvais, sont évidemment non publiés, bien que les critères de qualité relèvent plus du sensationnel que de la recherche de vérité. Un peinture au départ très lente qui, peu à peu s’emballe au fil de la prise de pouvoir et des diverses situations auxquels ils s’adaptent et des femmes qui vont souvent avec. Certains recoins de Paris sont décrits d’une manière très précise comme les églises et les jardins, un peu plus que les maisons, rues. On retrouve Les Folies Bergères et les cafés également comme lieux importants de l’intrigue mais que l’auteur laisse tomber au profit des églises et jardins qui accompagnent les liaisons qui lui apportent elles même cette ascension fulgurante. Quant à l’écriture, j’ai remarqué une grande peinture du cheminement intérieur et extérieur de Georges Duroy, Maupassant change deux ou trois fois de narrateurs en reprenant des pensées de Mme Walter ou de sa fille. Il écrit avec un grand nombre de bouts de phrase dans une même phrase. Il use en fait de nombreux adjectifs également et de noms réunis par des virgules. On peut dire qu’il matraque la phrase d’idées, d’adjectifs, ce qui constitue son rythme.

Après ce long préambule sur Maupassant, je vais tenter de rétablir un certain équilibre en parlant de Bel Amou de Guy de Mormesson. J’ai trouvé assez peu de choses sur ce roman sur la toile, j’ai simplement su qu’il se publiait sous forme d’épisodes dans certaines revues, comme l’aurait fait Maupassant lui-même d’ailleurs au 19ème siècle. Cette farce, comme j’ai qualifié ce roman précédemment est un peu une mise en garde de futurs Bel Amou, c’est à dire aux adeptes du « no-effort », à ceux qui veulent réussir principalement en se servant des autres. Des faits rendant d’autant plus actuel le roman Bel Ami. Le héros principal n’aura d’autres noms que Bel Amou à l’exception de certains moments, au travers du personnage de la prostituée et amie de celui ci ,Cocotte Chagrin qui est la seule à l’avoir toujours soutenue et l’a connu bien avant sa gloire fulgurante. Georges Duroy finissait par rédiger lui même ses articles, ce ne sera pas le cas de Bel Amou, qui emploie un nègre qui écrira tout au long du livre à la place de son maître. Ce dernier  est ministre et on cherche dans un premier temps à le chasser de l’Élysée. C’est aussi une version plus moderne de cette histoire avec le côté people, le besoin d’écrire des livres et de devenir un membre « de la culture » pour atteindre le palais présidentiel. La manière de raconter est quant à elle, un peu différente de son prédécesseur. On passe par tous les membres du gouvernement qui s’appellent, le premier ministre cherchant un moyen de se débarrasser de cet ex-conseiller. Puis on revient au conte de Bel Amou, comment a-t-il atteint un certain sommet par qui et par quoi etc… L’humour est beaucoup plus fort avec l’utilisation de plus de personnages connus par nos contemporains et tout en ayant l’air de peindre
avec le style 19ème, le gouvernement et le monde du journal actuel, on retire les descriptions et quelques intrigues romanesques. On pourrait dire on retire le superflu pour en enlever la lourdeur qui est pourtant essentiel pour que ce roman feuilleton devienne plus sérieux, concret.
Pour finir, Bel Amou a ,je pense, besoin d’être lu en complément du Bel Ami de Maupassant afin de comprendre toute la peinture et les symboles qui se trouve derrière, un petit clin d’oeil littéraire à son prédécesseur. Bel Amou finit lui même par être l’objet de machination de ses compagnons ministres ou membres du gouvernement d’une manière général qui veulent faire de lui un vrai ministre de culture et non plus un conseiller afin de servir leurs intérêts. On voit ainsi comme certains hommes politiques et anciens dirigeants reçoivent les alliés dans leur propriété entre autres…. En somme le personnage principal n’est qu’un moyen très moderne de critiquer tous les milieux ensemble. On revient finalement à Bel Amou en lui dessinant une humiliation qui pourrait être diffusé pour le net aujourd’hui et qui montrerait son vrai visage.

En gros, on lit Bel Ami pour sa culture personnel et son romanesque et Bel Amou se voit comme un petit roman qui permet de croquer avec délice, le sel d’une vie politique qui se raconte par le biais du feuilleton et par une légèreté des propos.
Lien des illustrations des épisodes de Bel Amou de Guy de Mormesson:
http://labelleillustration.blogspot.com/2008/08/gtting-le-nouvel-observateursuite.html

 

Lumière du rat - Patrick Grainville

Lumière du rat de Patrick Grainville
J’ai été assez surprise par ce livre, je devrai plutôt dire par le style de Patrick Grainville.
On parle d’une jeune fille dénommée Clothilde qui partage son temps entre la danse , son mémoire sur Mallarmé, sa sœur qui profite grandement des plaisirs de la vie, des parents qui s’inquiètent et sans oublier sa meilleure amie mangeuse d’hommes. Clothilde est la rigueur incarnée, elle refoule sa sexualité au profit de ses études et de la danse classique qu’elle pratique assidument et qui l’aide également à se sentir mieux. Elle est même l’opposée de sa sœur, pulpeuse et aventureuse envers les hommes. Petit à petit, Clothilde va comprendre son envie de s’éloigner de son environnement familial et de ses parents inquiets, perdus entre leur deux filles radicalement différentes, pour faire ce qu’elle n’ose faire, partir pour des contrées lointaines et peut être retrouver sa modèle favorite d’Helmut Newton. Clothilde et son entourage amical vont vivre pleinement sa sexualité et se rendre pleinement
compte de la complexité de la vie adulte.

Pour revenir à ce que je disais, c’était la première fois que je lisais un livre de cet auteur. Ce qui m’a plu, c’est cette envie de parler de la difficulté d’avoir 20 ans et non pas 15 et de le faire en allant en profondeur, c’est à dire jusqu’au plus profond des malaises de cet âge là. Ce qui a été difficile pour moi, je dirai, c’est quelquefois les changements de narrateurs qui sont en fait les descriptions des pensées des personnages qui sont soit vrais soit imaginés par l’héroïne. Ce qui est sûr d’autre part, c’est que Grainville sait parler de sexualité et d’art avec un vocabulaire très riche avec une certaine crudité qui peut dérouter lorsqu’on n’est pas habitué. Mais je pense que cet auteur est un peu comme un peintre naturaliste entre ses descriptions de nature, de relations sexuelles qui se produisent toujours en extérieur, les êtres humains sont présentés comme des animaux mais avec un peu de tendresse et de complexité. Le rat est d’ailleurs central dans l’histoire puisque c’est celui qui assiste à quasiment tout, qui domine par sa présence, son intelligence et sa relation avec l’homme qui s’occupe de lui (le père de sa meilleure amie en l’occurrence). La fin du roman est assez énigmatique et trouble et j’ai eu la sensation que l’auteur a éprouvé un certain malaise à écrire la fin qui laisse des évènements en suspens.

 

Nuage rouge de Christian Gailly

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Ce roman ne m’a pas énormément marqué, cela signifie pas qu’il est mauvais, loin de là mais il ne m’a pas touché je dirai. C’est l’histoire d’un homme qui subit une collision par la voiture de son meilleur ami sauf que ce dernier ne se trouve pas dans la voiture, c’est une inconnue en rouge qui s’y trouve. Le narrateur trouve finalement son pote blessé et castré qui lui demande de retrouver son amante afin de l’excuser .Le narrateur va la voir au Danemark, tombe amoureux d’elle, oubliant quasiment le message de Lucien, son ami, lui a confié. Il retourne tout de même à son chevet et une tentative de suicide finit par mal tourner. Paf! Un bruit de pistolet s’entend dans la pièce, je n’en dirai pas plus.

Ce qui est étonnant avec ce roman, c’est son traitement, je dirai, on est dans un sorte d’univers brumeux et trouble dans lequel on ne sait quasiment rien des personnages seule l’intrigue principale compte. Et cette intrigue principale est racontée du manière linéaire puis on revient sur des évènements qu’on développe jusqu’à
l’apothéose finale. On sent la personnalité du narrateur dans sa manière originale et hésitante de commencer l’histoire mais j’ai eu l’impression que cette façon personnelle d’aborder les faits se perd peu à peu au fil de l’intrigue. Les personnages sont passés au crible comme les évènements, on les voit une première fois puis une seconde plus détaillée amenant des éléments qui changent complètement les jugements sur eux. Ce n’est finalement pas la Danoise, la coupable dans cet histoire mais bien le Lucien, présenté en définitive comme un détestable perdu même si en définitive, pas si perdu que ça. On sent également des atmosphères assez différentes, au Danemark, le héros erre dans l’environnement métropole et urbain accompagnant la jeune femme qui travaille au musée, dans son quotidien et le calfeutrement de l’appartement de Lucien.

Je dirai que c’est un univers assez barré, flou et brumeux comme je l’ai dit précédemment, insolite également, qui ne peut pas se voir selon un divertissement pur je dirai mais comme une histoire avec des procédés de style.

 

Un amour de Buzzati

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Un gros coup de cœur pour ce roman à la forte psychologie d’un homme qui tombe amoureux d’une jeune prostituée de vingt ans.
Ce livre est assez déroutant. Il nous raconte l’histoire d’un metteur en scène italien cultivé qui, ne trouvant pas l’amour  et qu’il n’a jamais connu, va dans les maisons closes afin de pouvoir avoir des relations sexuelles. Il rencontre une jeune femme fluette de vingt ans, une danseuse et prostituée à ses heures, qui sent par sa personnalité, son attraction envers les hommes. Et notre narrateur n’y coupe pas. Il tombe dans une spirale destructrice dans lequel il ne peut cesser d’être jaloux tandis que celle-ci passe son temps à lui mentir afin de pouvoir mener la vie qu’elle l’entend.
On le voit se ridiculiser, être prêt à tout afin de pouvoir la voir, l’ « avoir  » également.

Ce qui m’a plu dans ce roman, c’est le jeu de l’auteur sur les genres littéraires et clichés. On pense au « Lolita  » de Vladimir Nabokov, à l’histoire d’un homme qui se perd pour une jeune femme superficielle et qui sait son pouvoir sur lui. Or, c’est là qu’une autre prostituée et ex-amie de la jeune femme de vingt ans  apprend ses leçons d’amour et relations amoureuses au metteur en scène qui comprend que les rôles étaient déjà distribuées au départ et que les rapports de force entre classes sociales jouent dans la manière dont s’est conduite sa bien aimée. Alors après une période de rupture avec celle-ci, il retombe dans ses bras, essayant de distribuer les cartes autrement. Y réussira-t-il? C’est la question qui laisse sur sa faim.

Alors histoire classique de domination ou une fausse critique pour retomber le cliché? On ne sait pas. Du reste, l’auteur sait bien montrer l’évolution des pensées et de la psychologie du narrateur. Des sentiments qu’on connaît bien lorsqu’on est amoureux et qu’on est prêt à accepter un certain nombre de choses ou qu’on est accro à quelque chose. Un roman aussi sur la situation sociale en Italie dans les années 60.

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