1984, de George Orwell

Publié: 7 août 2014 par maedhros909 dans Littérature, Science-Fiction
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Big Brother is watching you.

Big Brother is watching you!

 

Souriez, vous êtes filmés… Londres, 1984.
Voici Winston Smith, employé au Ministère de la Vérité, chargé de réécrire l’histoire afin qu’elle s’accorde avec la version officielle.
Voici les télécrans qui diffusent en permanence les messages de propagande et espionnent sans relâche chaque individu.
Voici Julia, rencontrée lors des Deux Minutes de la Haine quotidiennes et obligatoires où l’on conspue le Traître Emmanuel Goldstein, qui aura maille à partir, comme Winston, avec la Police de la Pensée.
Voici la novlangue qui dépouille le langage de ses inflexions subversives, qui le réduit à un rôle informatif.
Et surtout, voilà Big Brother, aujourd’hui passé au stade de figure mythique, symbole de la surveillance et de l’oppression totalitaire.

 

 

De nouveau je m’atèle à la délicate mission de commenter un monument archi-culte de la littérature SF/Anticipation classique.
Ne l’ayant jamais lu auparavant (ni vu d’adaptations), je ne connaissais de 1984 que la signification de « Big Brother » dans le langage SF à savoir une forme de surveillance permanente par un tiers ou un état. Et il faut bien avouer que cette lecture m’a assez vivement interpellée par sa justesse et sa description cynique et pessimiste de l’espèce humaine. Bien que je ne me sois penché sur sa vie plus que ce l’éditeur m’en dit, je suppose que Orwell devait être un grand névrosé, atterré par les tares l’humanité et doté d’une grande perception des choses qui l’entoure. En effet 1984 (publié en 1949) est avant tout un livre d’anticipation, plus même que de SF, et développe des concepts qui semblent aujourd’hui encore d’une incroyable vérité. A l’époque comme aujourd’hui les idées mises en place demeurent toujours être de l’anticipation ce qui en fait un ouvrage complexe et parfait pour son genre littéraire.

Je ne peux pas aller plus loin sans un peu d’histoire de la dystopie (l’inverse d’une utopie) et de la SF d’anticipation. Une partie des œuvres du genre, en particulier 1984 et le Meilleur des Mondes, où un état totalitaire est la source principale de la dystopie, sont inspirés d’un roman appelé « Nous autres » de 1920 (qui, semble t’il, est lui plus ancré dans la Science-Fiction). Dans ces deux œuvres majeures de la SF (et celles qui suivront en s’en inspirant) la part de politique, de philosophie et de sociologie est extrêmement développée et encadre le récit tant et si bien que les personnages ne sont presque que des prétextes aux contre-idéaux imaginés et craint par les auteurs. Je ne peux pas non plus ne pas citer un autre de mes livres préférés: Running Man, de Stephen King qui s’inspire bien sur de 1984, et même parfois fortement. Néanmoins chez King l’action et le personnage principal sont bien plus importants et l’univers bien qu’extrêmement sombre et violent conserve un part d’espoir. Dans 1984 cet espoir n’existe pas et n’est plus permis par la fin du récit. De plus King s’attarde sur la télévision telle que nous la connaissons (ou presque), sur la lutte des classes et sur la bestialité de l’humanité plus que sur des idéaux politiques.

Au niveau de l’écriture, le style d’Orwell est en grande majorité descriptif ce qui donne un rythme un peu lent au récit voire le rend un peu complexe pour certains lecteurs. Néanmoins même si l’auteur part régulièrement dans des digressions politiques, sociales ou philosophiques complexes il parvient à s’exprimer lisiblement et clairement pour faire passer ses messages (au contraire de la plupart des grands philosophes classiques). De plus les trois parties clairement définies dans l’avancement du récit redonnent du tonus et de la netteté à l’oeuvre. On peut lui reprocher un petit sous-traitement des personnages qui ne sont guère développés et qui n’ont finalement qu’une importance presque secondaire dans le récit, mais j’y reviendrai.

Au niveau de l’histoire les idées politiques et philosophiques priment très nettement sur l’action, les péripéties et la vie des personnages. Orwell développe des idées et des concepts qui font froid dans le dos et qui marquent en profondeur le lecteur. On peut par exemple découvrir comment le Parti utilise la propagande et truque les faits historiques jusqu’à que personne ne connaisse plus ce qui s’est réellement passé auparavant. On voit également comment ce parti totalitaire utilise la vidéo surveillance, via l’entité de Big Brother, pour contrôler tout et tout le monde. Mais aussi, les boucs émissaires et la guerre crées par le Parti pour maintenir la peur, la haine collective et la pauvreté. Ou encore, la police de la pensée capable de condamner à mort quelqu’un qui n’a juste que « penser » commettre un crime. Et enfin bien entendu la novlangue, langage moderne épuré à l’extrême destinée par son vide à détruire la logique, les sentiments et le libre arbitre chez l’homme.
Toutes ses grandes idées font malheureusement écho parfois à certaines choses de notre vie courante. C’est le noyau dur et la force principale du livre qui s’avère être toujours d’actualité c’est pourquoi je me permet quelques digressions. Que penser en lisant 1984 de l’Angleterre, pays le plus vidéo-surveillé du monde avec (dixit wikipédia) 1 caméra pour 15 habitants? Des guerres sans fin, du retours des extrémistes politiques et religieux? De la manipulation médiatique dans le monde occidental? Que penser de la sous-culture populaire ou la télé-réalité? Que penser des top 50 musicaux remplis de chansons et « chanteurs » distribuant au mieux des œuvres vides de tout sens logique au pire propageant des messages violents, discriminatoires ou sexistes? Que penser des auteurs populaires écrivant des ouvrages génériques tous semblables? Que penser du recul de la maîtrise de langue chez la jeunesse et du dénigrement systématique de la culture et de la science, rabaissés à être des éléments « inintéressants », « pas cool », « chiant », « inutile » etc? …
Bref vous l’aurez compris, 1984 ne vous laissera pas indifférent !

Les personnages comme je l’ai dis plus haut ne sont pas « capitaux » au récit. Même Winston le « héros » n’est bien souvent qu’un spectateur impuissant, déplorant ne pas savoir quoi faire ou comment le faire face au Parti. Il le comprend, il voit les choses différemment, est conscient de la « réalité » mais ne peut rien y faire et est lui pris au piège des manipulations de Big Brother. Quand il rencontre Julia et tombe amoureux le récit l’implique plus, on a de l’empathie pour lui, ce qui accélère le récit et accentue l’appréhension que le lecteur ressent quand Winston prend des risques.
Petit bémol à mes yeux: la fin du récit. Bien que très originale elle s’avère terriblement pessimiste et déprimante (comme une part du récit d’ailleurs) tant et si bien que le lecteur a un gout amer en fermant le livre. Clairement c’est voulu par Orwell mais peut-être aurait-il pu glisser une petite ouverture positive sur une potentielle amélioration de ce monde dystopique? Running Man par exemple se finit également très mal pour son héros mais King laisse sous entendre que ses actions pourraient peut-être faire changer les choses. Je pense que Orwell a laissé parler ses messages « politiques » sans penser à la cohérence générale de son roman en tant que récit fictif. Au final nous n’avons qu’une « tranche de vie » d’un personnage anonyme qui n’a rien changé de ce monde terrible et effrayant dans lequel il vit. Mais peut-être est-ce aussi ce qui rend 1984 si perturbant?

En bref donc un immense chef d’oeuvre de la Science-Fiction et de l’Anticipation! Orwell malgré quelques points faibles littéraires délivre des messages si intenses, si justes, si profonds qu’ils semblent trouver des échos de vérités à toutes les époques, en particulier la notre. Un plaisir effrayant pour le lecteur qui pourrait bien changer légèrement sa façon d’appréhender sa vie et notre société moderne. Et c’est bien le but premier de la SF et de l’Anticipation!
Note: 17,5/20

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commentaires
  1. Demisev dit :

    C’est clairement une oeuvre majeure dans l’histoire de la littérature (tout court). Dans le même genre, tu as déjà lu « Le Meilleur des Mondes », mais il existe aussi « Retour au Meilleur des Mondes », qui n’est pas un roman, mais un « essai » dans lequel l’auteur revient, 20 ans plus tard, sur son livre et voir comment le monde s’est rapproché/ ou éloigné de ce qu’il imaginait.

    Il fait aussi référence à « 1984 » sorti, entre temps, et explique la différence d’approche qu’il a eue par rapport à Orwell (qui est évidemment liée à la Seconde guerre mondiale).

    • maedhros909 dit :

      Et il parle aussi de « Nous autres » dans l’essai ?

      Faudrait que je le trouve « Retour au Meilleur des Mondes », je ne le connaissais pas merci de l’info 😉

      • Demisev dit :

        Non je ne pense pas. Il analyse surtout les différents aspects de ce qu’il avait imaginé et voit où ça en est au moment où il écrit son « Retour au Meilleur des Mondes » (et souvent, il estime qu’on s’en approche plus vite que ce qu’il craignait).

      • maedhros909 dit :

        Qu’est-ce qu’il dirait aujourd’hui !
        C’est bien qu’il soit revenu dessus a posteriori ça doit être passionnant. Dommage qu’Orwell n’ait pas eu la possibilité de le faire lui aussi.

  2. blueedel dit :

    J’avais lu le livre plus jeune et l’avais adoré même si comme tu le dis les descriptions parfois ralentissent la lecture car il faut parfois bien se caler 😉 J’ai vu deux adaptations cinématographiques également (cinéma de minuit absolument génial !). Personnellement j’ai trouvé cela très très bon et quand je vois aujourd’hui le monde, je me dis que comme Jules Verne il avait un don pour « deviner » ce que l’on pensait fictionnel !
    Merci de cette critique riche encore une fois !

    • maedhros909 dit :

      Merci 😉
      Celui de 1984 justement à l’air sympa, faudrait que je le vois un de ces jours (et malgré un retard titanesque sur les critiques de films^^). Le 2e c’était lequel?

      • blueedel dit :

        Il y a LE film en 56… et le second (enfin plutôt un telefilm d’ailleurs) en 65 !

      • maedhros909 dit :

        Oki donc faudrait que je vois celui de 56 et celui de 84 au moins, le téléfilm ptete plus tard.
        Ça me changera de Alphaville que j’ai vu récemment et qui m’a fortement déçu.

      • blueedel dit :

        hé hé… mais il l’a aussi et l’a déjà avalé ! Il a été plutôt surpris de les recevoir et super contents !

  3. rp1989 dit :

    Un classique qu’il faut absolument que je lise!
    Ta critique me permet de mieux cerner le contenu du livre.

  4. cora85 dit :

    J’ai souvent ressenti l’envie de le lire !
    Bonne semaine !
    Ondine

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