The Dark Knight Strikes Again, de Miller et Varley

Publié: 19 mars 2015 par maedhros909 dans Comics et Romans Graphiques, Littérature
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TheDarkKnightStrike-Again-CV

 

Dessin et Scénario: Frank Miller
Couleurs: Lynn Varley

Trois ans après sa dernière horde sauvage, Bruce Wayne se fait passer pour mort afin de planifier sa contre-attaque.

Face à un gouvernement corrompu, favorisant l’apathie et prônant l’obéissance aveugle, Batman rassemble les membres disparus de la Ligue de Justice.

Ensemble, ils mènent une vendetta contre les dirigeants de ce régime et celui qui les protège… Superman !

 

Aujourd’hui, je rédige un commentaire qui me parait alors à un des plus complexe que j’ai eu à écrire. Ce genre d’article où on ne peut pas bêtement se contenter d’un « c’est nul » ou d’un « je n’aime pas ». Ni même se cantonner à des arguments rapides ou des à priori venant du monde extérieur. Il s’agit alors de creuser un peu, de comprendre, de savoir, de comparer et de détailler au maximum ce dont on parle et ce par égard à un auteur au grand talent ou pour son oeuvre ou simplement pour se montrer peut-être plus « objectif » que la moyenne bien que cela soit impossible.
Aujourd’hui, je m’attaque corps et âme à un ouvrage qui a déjà fait couler tant d’encre et de sueur, l’ultra-détesté DK2, ou The Dark Knight Strikes Again, de l’illustre Frank Miller. Ce volume est considéré par beaucoup comme une tâche dans la carrière de Miller comme dans la vie du chevalier noir… alors pourquoi? Comment? Moi je l’ai interprété comment?

Commençons par le début de l’histoire… L’Histoire justement.
« Strike Agains » est la suite directe de The Dark Knight Returns (DK1) et nous propose de continuer à suivre les aventures de ce Bruce Wayne vieillissant. On a tendance à l’oublier un peu vite mais Frank Miller est un auteur de ComicsBook très engagé politiquement. Que l’on connaisse (ou adhère) ou non à ses opinions n’a aucune importance il faut juste s’en souvenir. Chez Marvel il a travaillé principalement pour Daredevil peut-être le héros Marvel le plus « sombre » et le plus proche déjà de Batman. Il a également participé de près ou de loin à la saga Robocop oeuvre s’il en est aux idéologies politiques. Et bien sur il y a eu Sin City.

the-dark-knight-strikes-again-1-pg761Revenons à Batman.
The Dark Knight Returns est publié en 1986 en période de fin de guerre froide. Le conflit est d’ailleurs plus ou moins mentionné dans le Comics. Mais ce qui intéresse Miller c’est comment le gouvernement (des USA) a muselé les super-héros et utilise néanmoins l’un d’eux, Superman, comme leur marionnette. Quand Bruce Wayne reprend le costume c’est pour reprendre son « rôle » dans « sa » ville contre des méchants qui lui sont propres comme le Joker ou Double-Face. Ce n’est que par l’inévitable affrontement final entre Batman et Superman que Miller exprime son opinion propre. Le reste de son oeuvre est axé sur l’ambiance et le travail des personnages et ce qui fit le succès planétaire de l’oeuvre. The Dark Knight Strikes Again est quant à lui publié en 2002 quelques mois après les attentats du 11 septembre. Et indéniablement Miller n’appréciait pas le gouvernement Bush, sa main mise sur les médias, le jeu de la peur sur sa population etc.

Mon reproche numéro 1 au Comics est dans la continuité de cette observation, Miller manque ici cruellement de subtilité en terme scénaristique (même si les doubles lectures liées aux dessins complexifient le tout, mais j’y reviendrai). Il est impossible de ne pas comprendre ses attaques frontales. Dans DK1 le gouvernement était une trame lointaine que Bruce ignorait royalement tant qu’on le laisse tranquille à Gotham. Ici Batman décide de mener une révolution complète contre celui-ci. D’ailleurs rapidement le lecteur comprend que ce gouvernement n’existe en fait pas et que d’autres (des vieux Supers-Vilains) tirent en réalité les ficelles sur Terre depuis longtemps. Difficile de ne pas faire de rapprochement avec la vie politique, de cette époque et aux USA en particulier, mais de façon générale également. Mais ce n’est pas tout, Miller détruit méthodiquement la Télévision et son utilisation par les médias de masse. Il piétine également Internet pour des raisons semblables. Et bien d’autres encore comme le capitalisme ou les religions. Bref il pousse son coup de gueule!
dksa7wgux2Pour autant même si tout cela manque de retenu et de métaphores, certaines idées sont bonnes, cadrent avec l’univers « sombre » de Batman. C’est un peu comme si le futur de Batman devenait un genre de dystopie futuriste globale contre laquelle le héros a finalement décidé de se révolter. Au final le tout n’est pas si dérangeant car les personnages et leur psychologie sont toujours très travaillées. Bruce lui même vit une suite « logique » à ce qu’il a vécu dans le volume précédent, ce qu’il sait et ce qu’il voit dans le présent. Ce n’est donc pas parce que les parallèles sont trop visibles (et discutables selon les opinions) que l’histoire de Batman est bâclée par Miller ou qu’il piétine sa mythologie en générale.

Sur la forme, DK2 se présente plus comme une aventure épique de la Justice League que comme une investigation sombre et musclée de Batman. Carrie, ex-Robin de DK1 est devenue CatGirl. Elle dirige les « apprentis » de Batman dans ce simulacre de Ligue des Assassins version Dark Knight. Green Arrow est toujours avec Bruce. Rapidement ils vont retrouver ou libérer d’autres membres de la Justice League en particulier Flash et Atom très présents mais aussi Martian Manhunter ou Green Lantern. De l’autre côté Shazam et WonderWoman tentent de soutenir tant qu’ils peuvent un Superman qui pensait faire le bien et qui découvre l’horrible vérité que lui impose Batman.
J’ai trouvé cela plutôt bien mais pas sans défaut. Déjà je suis assez « triste » de ne pas voir assez Batman même si sesAtom et Flash sont très intéressants tant par les impressionnantes « prisons » dont ils sont libérés, que par leur rôle, leur charisme, les autres sont sous-exploités voire inutiles et sans saveur. J’ai trouvé inutiles (et stupides) Plastic Man et Elongated Man (si si, c’est bien leur nom). D’autres auraient surement bien plus mérité leur place. Les deux méchants (bien que leur alliance semble étrange) sont logiques aussi. Et quid de ce nouveau « Joker » immortel et ô combien dérangeant et dérangeant qui surgit de nul part pour traquer Catgirl.

batman_retardedPassons à la deuxième grosse partie du commentaire: les dessins et les couleurs.
Bon là on y coupe pas, c’est effectivement un peu plus carré (voire un peu moche pour certaines vignettes) que dans Dark Knight Returns.
Mais bon du peu que j’ai vu du style de Miller dans DK1, Year One, 300 et les images du net que j’ai trouvé autour de Sin City et Dardevil rien de bien différent de ce qu’il fait d’habitude. Son style a toujours donné des membres un peu cubiques, grossiers, caricaturauxs. C’est très visible à priori dans Sin City bien que l’absence de couleur rende ça plus esthétique que dans DK2. Je pense qu’il a volontairement tiré ses caricatures et son style à l’extrême pour appuyer ses coups de gueule. A t’il eu raison ou tort de donner libre court à son style chacun jouera, personnellement cela ne m’a pas spécialement choqué même j’aurai préféré peut-être plus de « cadres » épiques et forts.

Autre gros point qui fit couler beaucoup d’encre justement.. la colorisation.
Dans Dark Knight Returns les images étaient sombres, glauques, à l’image du Miller dans Sin City ou tout simplement en relation direct avec la psychologie de ce Batman aigri, vieillissant et torturé.
Ici rien à voir il y a énormément de couleurs, sans doute même un peu trop (à mon gout du moins) mais cela reste tout à fait dans la logique du volume. D’abord comme je le disais plus haut il s’agit plus d’un arc autour de la Justice League que sur Batman. Certes c’est lui qui mène le jeu mais bon Flash, Atome, Catgirl et Superman sont aussi omniprésents. Il n’y a donc aucune raison de rester dans la noirceur d’un Batman replié sur lui-même et sur sa psyché. De plus contrairement à DK1 l’histoire ne se passe même pas à Gotham, raison supplémentaire de pas accorder autant de place au noir que dans YearOne ou DK1.

dk2-striking-terrorEnfin il y a une autre lecture possible à ce choix déroutant de visuel. Et c’est le personnage de Hal Jordan/Green Lantern qui nous la livre dans ses pensées. Batman est devenu, aussi paradoxale que cela puisse paraître, et malgré qu’il soit le plus ambiguë moralement, le plus violent etc… un optimiste! Une partie de l’intrigue se joue sur le fait que Batman comprend que sa croisade contre le crime a été vaine. Il a traqué les super-vilains, les mafieux, les malfrats etc. pourtant le monde est toujours pire qu’auparavant. Il comprend alors que les vrais « méchants » sont au pouvoir, au gouvernement et non pas dans les ruelles sombres ou les asiles. Lorsqu’il prend conscience de cet état de fait et qu’il lance sa vendetta il est persuadé d’avoir enfin touché au but et devient donc optimiste. Il finit d’ailleurs par convaincre tous les autres (même Superman qui lui préférait être au « service de l’homme » même si cet homme est foncièrement mauvais). C’est cet optimiste latent de Batman et la présence des autres héros (et la jeunesse symbole d’espoir via Catgirl) qui justifient selon moi l’utilisation massive de couleurs dans cet opus.

Mise à part cela j’ai adoré certains design comme celui de Luthor, du nouveau hyper-Joker ou encore de Bruce devenu chauve et de Clark aux cheveux grisonnants. Et puis j’en ai détesté d’autre en particulier Elongated et Plastic Man, que j’ai définitivement pas compris et complètement rejeté, ou encore la pseudo Batmobil de cette opus. C’est comme ça je pense avec Miller, et plus encore dans celui-ci, ça passe ou ça casse, pas d’intermédiaire.

111914_dk2_amazon

Alors non bien sur The Dark Knight Strikes Again n’est pas le meilleur Comics Batman que j’ai pu lire jusqu’à présent.
Ni même le meilleur des Frank Miller, toute licence confondue.
Néanmoins malgré tout ces défauts, ces partis-pris trop visibles, son style graphique trop poussé etc. il reste plutôt logique, cohérent et plutôt agréable à lire. Ses différents niveau de lecture et son respect malgré tout de l’univers DC et de Batman méritent qu’on s’y penche au moins une fois.
The Dark Knight Strikes Again est un ouvrage en demi-teinte, au parfum de politique et de scandale. Il aime ou on déteste certains passages, certaines pages même mais il ne laisse clairement pas indifférent. Peut-être ne mérite t’il pas autant de foudres que cela… Car au final le plus grand tort de ce DK2 c’est encore d’être moins inspiré, trop différent et bien trop osé dans les propos comme dans le style que l’illustre The Dark Knight Returns.
Note: 14/20

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commentaires
  1. Dionysos dit :

    Oeuvre très particulière, en effet. :/

    • maedhros909 dit :

      C’est sure. Clairement pas le meilleur des Miller.
      Après je ne l’ai pas trouvé intéressante ou si horrible par rapport à ce que je m’attendais à lire. Du moins le Comics n’est pas « creux » en terme de sous-entendu etc c’est même l’excès inverse.

  2. rp1989 dit :

    C’est de la provocation sans doute, renverser les codes.

  3. […] 300 et Sin City devenus des long-métrages depuis! Après un Dark Knight Returns cultissime et un Dark Knight Strikes Again en demi-teinte et contesté, le Chevalier Noir reprend une nouvelle fois son costume! […]

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