Le Transperceneige, de Lob, Rochette et Legrand

Publié: 24 avril 2015 par maedhros909 dans Bande Dessinée, Littérature
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81InJpqn2sLDessinateur: Jean-Marc Rochette
Scénario:  Jacques Lob &  Benjamin Legrand

Un jour, la bombe a fini par éclater.
Et toute la Terre s’est brutalement retrouvée plongée dans un éternel hiver gelé, hostile à toute forme de vie.
Toute ? Pas tout à fait. Miraculeusement, une toute petite portion d’humanité a trouvé refuge in extremis dans un train révolutionnaire, le Transperceneige, mu par une fantastique machine à mouvement perpétuel que les miraculés de la catastrophe ont vite surnommé Sainte Loco.
Mais à bord du convoi, désormais dépositaire de l’ultime échantillon de l’espèce humaine sur cette planète morte, il a vite fallu apprendre à survivre. Et les hommes, comme de bien entendu, n’ont rien eu de plus pressé que d’y reproduire les bons vieux mécanismes de la stratification sociale, de l’oppression politique et du mensonge religieux…


Aujourd’hui c’est ce petit monument de la BD française qui atterrit sur mon blog. Les différents albums ont été publié entre 1982 et 1983 et le tout reste malheureusement assez méconnu du grand public même encore aujourd’hui après adaptation au cinéma et une ré-édition intégrale. Et c’est bien triste de constater que ce genre d’oeuvre a été globalement délaissée et oubliée par le public français pour finalement revenir sur le devant de la scène en grande partie parce que des artistes américains et coréens ont travaillé sur le projet.
Du reste je vais essayer de comparer le moins possible avec le super film de Bong Joon Ho. Néanmoins il m’a semblé complémentaire à la BD et je vais donc tout de même me permettre quelques digressions et surtout appuyer le fait que la BD mérite vraiment d’être lue et ce même si on connait déjà par cœur le film!

Commençons par les dessins. En tant que lecteur je n’ai jamais été un fervent adepte de BD en général, encore moins quand elles commencent à « dater ». Aussi des dessins atypiques ou peu attrayants pourraient être pour moi un « malus » à un ouvrage. Et pourtant c’est à mes yeux également une des plus grande force de cette BD (et des Comics en général que je lis). En effet dans le Transperceneige on retrouve des dessins intégralement en noir et blanc. Le style est très épuré, presque crayonné, et à défaut de laisser le lecteur sans voix devant de sublimes images, il le plonge dans le contexte sombre, froid, glauque et totalement hermétique que ce sont de « simples » wagons de train, aussi longs et bien équipés soient-ils. Ce style augmente donc sensiblement la sensation de confinement du lecteur et l’empêche, à l’instar des héros, de s’évader hors de l’intrigue et du train. Malgré tout, un certain nombres de vignettes, en particulier les vues en extérieur du train, se permettent d’être majestueuses, à l’aspect volontairement irréelles, tant le blanc de la neige en dehors contraste avec la noirceur de la réalité dans le train.
Concernant l’écriture et les dialogues ils sont très intéressants. Tantôt crus et violents lorsqu’il faut exprimer les horreurs du train ou qu’il y a des combats, tantôt réfléchis, posés et démonstratifs lorsque qu’il est question des intrigues en cours et comment les personnages vont tenter de s’en sortir. Mention très spéciale pour les superbes petits « poèmes » versifiés qui apparaissent régulièrement lors des vues extérieures du train et entre deux péripéties.

transperceneige

L’histoire quant à elle est prenante, immersive, époustouflante. L’intrigue se dissocie en deux arcs narratifs totalement distincts.
Le premier retrace l’aventure de Curtis, un queutard évadé qui cherche dans un premier temps à avertir l’avant du train, où vivent les privilégiés, des conditions de vie déplorables de ceux de l’arrière. Bien vite, il doit néanmoins se sauver lui-même des complots et diverses personnalités du train voulant le voir réduit au silence.
La thématique de lutte des classes est bien sur le principal support narratif de cette intrigue, faisant d’elle une dystopie et dans une certaine mesure une satyre socio-psychologique. En effet non seulement l’humanité est bien loin de survivre dans cette « Arche de Noé » métallique de façon utopique mais en plus de ça tous ses travers, ses perversions, ses inégalités y sont parfaitement retranscrits voire encore amplifiés. Bref, l’homme est un loup pour l’homme, même après la fin du monde.
Parlons une minute du film. Ce dernier adapte pour ainsi dire cette première moitié de la BD. Cependant il y a pas mal de choses qui diffèrent entre les deux. On peut citer en particulier l’histoire d’amour entre les deux personnages principaux, totalement absente du film, ainsi que le « groupe de soutien » aux queutards du train. A contrario le film installe ou modifie de nouveaux concepts parfaitement cohérents à l’oeuvre (une très bonne adaptation donc!) comme le visuel des wagons de queue et la vie des queutard seulement évoqués dans la BD, ou encore [ATTENTION SPOILER] l’interaction entre la tête et la queue du train. En bref donc comme je le disais au début, le film et la BD se « complètent » d’une certaine façon, et après tout c’est bien normal vu que Rochette (je crois) a travaillé avec Bong Joon Ho sur le film.

Du reste, le deuxième arc narratif, occupant les albums 2 et 3 de la BD, est quant à lui est totalement différent du long-métrage. Là où la première intrigue s’intéressait en particulier à la lutte des classes dans le train, la seconde traite de politique, de survie et surtout de religion. Ce dernier point est fortement appuyé par des personnages secondaires comme les fanatiques de la Sainte Loco et les illuminés « négationnistes » qui pensent être dans un vaisseau spatial et non pas dans un train. On y découvre également beaucoup de choses sur le monde glacial qu’est devenu la Terre, le fonctionnement du train, et milles autres choses. Une nouvelle fois ces thématiques ne sont que brièvement abordées dans le film et nous offre un autre point de vue.
La fin des intrigues (sans être aussi brutale que la fin du film) restent des épilogues plutôt aigres laissant le lecteur dans l’expectative quant à l’avenir de l’humanité. Ce choix de fin « négative » et sans réellement de conclusion m’avait laissé perplexe dans le long métrage par rapport à son ton (et sa qualité) général, les motivations du personnage etc. Dans la BD elle passe beaucoup mieux. D’abord parce que la « fin » du premier arc narratif est elle-même plutôt désagréable pour Curtis. Ensuite parce que, et en particulier dans la seconde moitié de la BD, on en apprend plus sur le monde extérieur. Bien que les enjeux soient différents et la fin tout de même amère pour les personnages on peut penser qu’ils vont s’en sortir, ou du moins ont-ils plus de chances de s’en sortir que les Adam et Eve post-train du film.

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En conclusion donc une super BD à ne pas louper!
Petit bijoux français de SF post-apocalyptique et de satire sociale, sorti au milieu des années 80, l’intrigue et les thématiques donnent froid dans le dos. Le style sobre et noir et blanc impose une ambiance pesante et hermétique ne faisant que renforcer les émotions du lecteur. Il est bien triste de constater qu’elle ne soit pas plus connue du grand public, surtout chez nous.
Le film lui est totalement complémentaire tant sur les thématiques, le ton ou les intrigues ce qui ne découragera pas ceux qui auraient peur de s’ennuyer de la lire.
Note: 18/20

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commentaires
  1. rp1989 dit :

    Le film donne assez envie de lire cette bd et si en plus cette dernière apporte quelque chose en plus, c’est le top :).

  2. […] avec Urban Comics ou même L’Atalante pour la Brigade Chimérique ou Casterman pour le Transperceneige, il faut bien admettre que c’est un peu léger. Les volumes sont plus fins pour un prix […]

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